Editorial du dimanche 12 juin 2011

L’URGENCE DE LA COMMUNION

La fête juive de Pentecôte célébrait le don de la Loi – la Torah –, que Dieu avait fait à Moïse durant l’exode. Cela peut nous faire réfléchir d’emblée sur le rôle de la Loi dans toute société humaine ainsi que dans notre vie personnelle. Cette Loi est toujours nécessaire, qu’il s’agisse d’un groupe humain ou d’une personne seule. Et même si nous prétendons ne pas en avoir besoin, si nous voulons absolument en faire abstraction, nous en suivrons toujours une… ne serait-ce que celle d’agir selon notre volonté propre ! Et l’expérience d’une telle “liberté” montre que, loin d’être libre, on devient captif de nos propres caprices, de nos passions, en bref, de notre orgueil…

Dans le livre d’Ezéchiel le Seigneur dit : « Je mettrai en vous mon Esprit et je ferai en sorte que vous suiviez mes préceptes et pratiquiez mes commandements. » Comprenons que l’Esprit du Seigneur donnera le discernement voulu pour accomplir ce qui est juste.  Alors la Loi nouvelle, bien loin d’être une entrave pour la liberté humaine, sera au contraire, pour nous – si nous l’accueillons avec générosité –, un dynamisme libérateur, vivifiant pour développer les dons et les aptitudes personnels que nous avons reçus par la grâce divine.

Or c’est précisément l’accomplissement de cette promesse de Dieu que les Apôtres expérimentent à la Pentecôte. En recevant le don de l’Esprit Saint, ils sont habités par une assurance extraordinaire qui leur fait annoncer avec force le mystère du Christ mort et ressuscité pour le salut du monde. Le symbolisme du vent impétueux et des langues de feu qui se posent sur les Apôtres réunis dans la prière et l’attente de l’Esprit est bien clair : l’Esprit vient et il envoie l’Église naissante en mission vers tous les peuples de la terre.

Afin de confirmer la véracité de sa prédication, l’Esprit Saint accordera à l’Église des dons variés qui ne cesseront plus, depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours, et au-delà, jusqu’à la fin des temps. Il y a les charismes extraordinaires dont les écrits apostoliques sont les témoins, il y a aussi les dons moins voyants peut-être, mais non moins efficaces pour la construction de l’Église, ceux en particulier que saint Paul évoque dans l’épître aux Galates. Et s’il est évident que ces charismes extraordinaires existent encore, pour toucher les cœurs et leur faire reconnaître la miséricorde de Dieu à leur égard, il est non moins capital que le Seigneur nous rappelle toujours que l’amour, la joie et la paix, à tous niveaux, sont des dons indispensables dans la vie de toute communauté humaine ; à commencer par sa famille et sa communauté ecclésiale. N’oublions pas que l’homme ne parcourt pas le chemin du salut tout seul, mais en Église et que nous tous – membres de l’Église – recevons les richesses du salut, notamment par les sacrements, et y puisons une ardeur missionnaire qui se sait toujours en lien vital avec l’Église du Christ.

De nos jours, il y a une urgence à faire grandir ce lien de communion à tous les niveaux de l’existence humaine : avant toute chose en nous-mêmes, puis entre les personnes : au sein de la famille et des communautés, entre groupes sociaux et entre les nations. Un lien qui ne soit pas que virtuel, mais un lien par lequel les personnes puissent se rencontrer et s’aimer en ce qu’elles ont de meilleur et de plus élevé, spirituellement parlant.

Père Jean-Luc MICHAUD