Editorial du dimanche 14 novembre 2010

Faire preuve de sang froid

“C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière”, dit Rostand. C’est dans le gros temps qu’il est grand de rester calme, pourrions-nous ajouter. En effet, le Seigneur nous annonce aujourd’hui éclipses et tempêtes, tribulations et persécutions jusqu’au jour de sa venue. Un tel contexte donne tout leur relief à ses trois conseils : « Prenez garde, ne vous effrayez pas, ne vous souciez pas. » Il s’agit ici de sang-froid et non d’inconscience, d’indifférence ou de simple fleg-me. Il est question de faire face au danger pour tenir son poste avec efficacité dans la bataille et non de l’ignorer ou de la fuir.

« Prenez garde de ne pas vous laisser égarer », dit d’abord le Seigneur. L’inquiétude qui nous prend devant les menaces gran-dissantes de catastrophes écologiques, de révoltes sociales ou de confrontations mondiales n’est pas sans fondements. Elle n’est pas sans précédents non plus. La tentation est grande de prêter l’oreille à de prétendues prophéties de fin du monde ou de châtiments divins à venir. Ce ne sont en général que billevesées de gens qui se trompent et cherchent à vous tromper. N’écoutez que l’Église en la matière, celle que conduit fidèlement le pape.

« Ne vous effrayez pas », ajoute Jésus parlant à ses disciples. Bien sûr, cela ne signifie pas que nous ayons tort d’avoir peur des guerres et des soulèvements, dans la mesure où cette peur est bonne conseillère de décisions sages pour éviter le pire et préserver le plus précieux, et pour construire un ordre plus juste. Mais, précisément, nous ne pourrons agir efficacement que si nous refusons de céder à la panique. La haine et la violence sont contagieuses, le mauvais veut les semer sur la terre comme une maladie mortelle : ne craignons pas celui que le Sauveur a vaincu sur la croix.

« Ne vous souciez pas » : « Mettez-vous dans le cœur de ne pas vous soucier d’avance de votre défense », dit littéralement le Seigneur. Il ne s’agit pas d’un conseil général, mais du cas des disciples qui seront arrêtés, emprisonnés ou traduits devant “des rois et des gouverneurs”. Cette perspective peut nous sembler lointaine, à nous, habitants des démocraties occidentales, mais elle est réelle pour nombre de nos frères en d’autres pays, et rien ne nous garantit qu’elle ne se rapproche pas de nous bientôt. Que Dieu nous garde des per-sécutions, mais qu’il nous y prépare, s’il le faut.

Quant à nous, écoutons l’exhortation à la persévérance qui clôt l’évangile de ce dimanche. Nous avons négligé les dons dont nous avons reçu la promesse à notre baptême ? Retrouvons le fil d’une vie chrétienne qui s’abreuve à la source de toutes grâces. Nous venons à la messe de temps en temps ? Allons-y régulièrement. Nous avons des souvenirs vagues et lointains d’un catéchisme hésitant ? Re-prenons l’étude avec les moyens qui nous sont offerts maintenant. Nous avons cru à l’espérance de la résurrection ? Demandons la persévérance afin d’obtenir la vie.

Marc Lambret, curé