« TU N’ES QUE LE PAPE ! »

« La moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Remarquons tout d’abord que la moisson en question n’est pas la propriété des ouvriers, mais bien celle du maître, c’est-à-dire de Dieu.

Mais il y a autre chose. Les agriculteurs savent bien que leur travail ne commence pas par la moisson. Il faut d’abord labourer le champ, puis semer le grain. Puis vient le temps de la germination, de la croissance, d’abord très secrète, le temps de la maturation et enfin, seulement, le temps de la moisson.

Jésus, citant le proverbe « autre est le semeur, autre le moissonneur », dit aux Apôtres : « je vous ai envoyés moissonner là où nous n’avez pas pris de peine : d’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »

Celui qui sème le bon grain de la Parole, c’est Jésus lui-même. C’est lui qui a peiné pour ensemencer le cœur des hommes. Et puis, c’est l’Esprit Saint qui fait germer, grandir, mûrir la Parole. C’est bien Dieu, dit saint Paul, « qui donne la croissance ».

Mais alors les pasteurs de l’Église n’ont-ils rien d’autre à faire que de récolter les fruits du travail de Jésus et de l’Esprit ? Le travail apostolique ne se réduit pas, tout de même, à engranger le résultat d’efforts qu’ils n’auraient pas consentis !

Jésus veut, en réalité, nous rappeler qu’à l’origine de tout il y a l’amour premier et gratuit de Dieu. Dans l’Église, le travail des pasteurs, mais aussi de tous les baptisés, chacun selon sa grâce et ses forces, ne sera jamais premier, même s’il est indispensable. Nous ne devons jamais oublier que l’Esprit Saint est déjà présent dans le cœur de tout homme, parce que, à la racine de chaque être humain, il y a un acte d’amour créateur qu’il ne faut pas oublier. La mission apostolique, au sens large du ter-me, est au service de l’Esprit de Jésus. L’annonce de la parole de Dieu vient ainsi rencontrer l’action secrète de l’Esprit. Et c’est alors que le grain peut mûrir et porter du fruit pour être engrangé dans la Maison du Père.

Une nuit qu’il n’arrivait pas à dormir, Jean XXIII se demanda : « Pour qui te prends-tu ? Tu n’es que le pape, tu n’es pas le Saint Esprit ! » Et il put s’endormir comme un enfant qui fait confiance parce qu’il sait que son Père est toujours à l’œuvre, avant le pape !

Père HUNT

Anciens éditoriaux

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