OUVRIR ET FERMER

La Pentecôte est la fête de l’ouverture du ciel. Au temps de Jésus, le peuple élu se lamentait : depuis cinq siècles il n’y avait plus de prophètes, le ciel s’était fermé et l’Esprit de Dieu n’en descendait plus pour inspirer à des hommes choisis la parole juste et faire connaître à tous ses décisions et ses avertissements. Or, par la grâce de la Pâque de Jésus, voici que s’accomplit l’oracle du prophète Joël : « Même sur mes serviteurs et sur mes servantes je répandrai mon Esprit en ces jours-là. »

Les serviteurs et les servantes de Dieu sur lesquels est répandu l’Esprit sont les disciples de Jésus qui ont cru en lui comme l’envoyé du Père, le Fils unique plein de grâce et de vérité. Dieu leur a ouvert le cœur et l’intelligence à sa parole, ils ont reconnu le Juste mis au rang des malfaiteurs, ils ont vu qu’il convainquait ainsi de péché le monde, non pour le juger mais pour le sauver. Parmi eux, Dieu a confirmé les Apôtres de son Fils pour qu’ils exercent le service de l’autorité.

Or, les derniers mots de l’évangile du Jour de la Pentecôte, adressés par Jésus ressuscité aux disciples, et semble-t-il précisément aux Apôtres, peuvent nous paraître troublants : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » Les effets du don de l’Esprit Saint selon saint Jean se résumeraient-ils au pouvoir de pardonner les péchés… ou de ne pas les pardonner !?

Pour comprendre cette parole, il est bon de se rappeler celle du prophète Isaïe annonçant l’institution d’un serviteur de Dieu digne de son office de maître du palais à Jérusalem : « Je mettrai la clef de la maison de David sur son épaule, il ouvrira et nul ne fermera, il fermera et nul n’ouvrira. » Le pouvoir de donner accès ou non au Christ dans ses sacrements repose sur le discernement prophétique de la disposition du candidat à se convertir vraiment à la vie nouvelle d’enfant de Dieu.

Tant que le monde reste fermé à la venue de Dieu en notre chair pour l’arracher au pouvoir du Mauvais, la communauté chrétienne demeure pour lui un signe de contradiction, et c’est ainsi qu’elle accomplit fermement sa mission prophétique. Mais c’est afin que les cœurs s’ouvrent, par la grâce et la puissance de l’Esprit de vérité, et que tous puissent venir boire à la source inépuisable de la miséricorde divine qui s’est ouverte sur la croix comme le cœur de Dieu à tout enfant des hommes.

Marc Lambret, curé

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