« Moi, je suis le Chemin, la Vérité, et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » La prétention de Jésus semble exorbitante. Qu’est-ce à dire ? Si les hommes ne suivent pas Jésus, ne passent pas par lui, ils ne pourront donc pas arriver jusqu’à Dieu ? La seule possibilité d’être sauvé est-elle donc de devenir chrétien ? Faut-il dire : « Hors de l’Église, point de salut » ?
Mais voilà ! D’autres religions, plus farouchement encore que l’Église, se prétendent seules vraies. Ainsi, pour les musulmans, c’est nous, les chrétiens, qui sommes les « infidèles ». Nous voilà tous renvoyés dos à dos, ou plutôt front contre front, affrontés, opposés, irréductiblement, les uns contre les autres. Les guerres « au nom de Dieu » ont causé – causent encore – des ravages sans nom. Comment s’en sortir ? Faut-il tout relativiser ? Après tout, dit-on, « toutes les religions se valent » et le « bon Dieu » est le même pour tous ! Cela n’aboutit qu’à l’indifférence.
Pour comprendre Jésus, il nous faut écouter toute sa parole : « Je pars vous préparer une place. Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi, et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. » Où va Jésus ? Chez son Père. Or, chez son Père, il n’y a que de l’amour. Parce que Jésus est l’immédiate présence de cet Amour au milieu des hommes, si nous devenons ses compagnons de route, nous parviendrons à coup sûr dans la « maison du Père », là où nous trouverons la plénitude de la Vie. Jésus peut dire en vérité : « Je suis le Chemin », parce qu’il a parcouru, lui le premier, toute la route de l’amour. En le suivant, nous ne nous trompons pas de chemin.
Or le chemin de l’amour, pour s’imposer, ne peut faire qu’une chose : aimer, encore et toujours, plus encore : aimer toujours davantage ; c’est ce qu’a fait Jésus, jusqu'au bout. Cloué sur la croix, il a prié : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » C’est donc vrai : pour entrer dans la maison du Père, il n’y a qu’un seul chemin, celui de l’amour humble, patient, miséricordieux, l’amour même de Jésus pour nous. La prétention de Jésus exprime la plénitude d’un Amour qu’il a, lui, été le seul à vivre. Elle n’est en aucune manière revendication d’un quelconque pouvoir sur les consciences. Elle est appel à la liberté de notre réponse aimante.
Père HUNT