Tout ce récit de saint Jean est construit autour de trois regards. Tout d’abord, « Marie Madeleine voit que la pierre a été enlevée du tombeau. » Pour le moment, elle ne voit rien d’autre que ce tombeau ouvert et vide. Elle est alors remplie d’incompréhension et même de peur. Elle court vers Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait pour chercher un appui, dire le vide du tombeau, mais, plus encore, le vide de son cœur. Ce regard-là est si souvent le nôtre. Devant une épreuve, quand nos repères affectifs disparaissent ou que nous n’expérimentons que le silence de Dieu, nous sommes, nous aussi, devant un vide. Notre cœur gèle au-dedans de nous. Nous essayons de chercher un secours autour de nous. Mais nous n’avons parfois plus rien pour nous raccrocher. Il peut y avoir des tombeaux vides dans nos vies.
Le deuxième regard est celui de Pierre : « il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. » Pierre ose entrer dans le tombeau, il affronte le vide. Il observe avec attention, un peu comme un détective qui cherche des indices. Mais il ne va pas plus loin pour le moment, il ne tire pas d’autre conclusion. Ce regard-là est aussi parfois le nôtre. La résurrection de Jésus est pour nous un immense mystère. Nous cherchons à avoir, sinon une preuve convaincante, du moins une explication ou une autre. C’est une mode qui revient chaque année, à Pâques et aussi à Noël : la diffusion de documentaires qui veulent démontrer « ce qui s’est réellement passé ». On mène une enquête soi-disant scientifique pour ne voir, au bout du compte, qu’un linceul et un linge roulé à part. Mais il n’y a plus de vivant !
Le troisième regard est celui de Jean : « C’est alors qu’entre l’autre disciple…il vit et il crut. » Jean avait posé sa tête sur la poitrine de Jésus. Il avait senti battre le cœur de Jésus. Ce battement résonnait encore dans son propre cœur. Là, dans ce tombeau vide, il sent, il sait que le cœur de Jésus n’a pas pu arrêter de battre. Parce que l’Amour ne peut pas être arrêté, anéanti par la mort. Il n’avait pas besoin d’une preuve « scientifique ». Il le connaissait par le cœur. C’est dans la mesure où nous donnons notre confiance à Jésus, que nous entrons avec lui dans une relation d’amour, que nous pouvons, à notre tour, dépasser les apparences pour voir et pour croire.
Père Hunt