Quelle chose merveilleuse d'avoir des yeux qui voient ! Nous en avons tellement l'habitude que cela ne nous étonne plus. Quelle chose merveilleuse de voir les autres, la lumière, les choses ! L'aveugle-né n'avait jamais rien vu de tout cela. Et voilà que Jésus lui donne la capacité de voir. Jésus lui a donné la vue physique mais aussi un autre genre de vue. Cette vue, c'est la foi. Dans l'Évangile selon saint Jean, les verbes voir et croire ont à peu près le même sens. Pour saint Jean, nous ne voyons vraiment que lorsque nous croyons.
Quand l'aveugle guéri rencontre Jésus, il ne le reconnaît pas puisqu'il ne l'a pas encore vu. Mais dès que Jésus lui dit qu'il est le Fils de l'homme envoyé par Dieu, alors il le voit avec la foi, il reconnaît par les yeux et par la foi tout ce qu'il est: "Je crois, Seigneur". Conscient qu'il est devant la présence de Dieu, il se prosterne devant lui en attitude d'adoration. L'aveugle-né trouve la vue par la puissance pleine d'amour de Jésus, et il trouve la foi, qui consiste à reconnaître l'homme Jésus pour ce qu'il est, à savoir le Fils de Dieu, envoyé dans le monde pour être la lumière du monde. Non seulement Jésus a guéri ses yeux, mais il a aussi guéri son cœur.
En relisant la guérison de l'aveugle-né, l'Église pense au baptême qu’elle appelle également « l'illumination ». Cela nous rappelle que lors de notre baptême, nos yeux se sont ouverts à la lumière du Christ, par la purification du péché et par le don de la foi déposé en nous comme un germe. Nous avons sans cesse à raviver notre baptême. Pour ce faire, laissons le Christ guérir nos yeux du cœur et les ouvrir à sa lumière par une foi raffermie, par une prière plus filiale, par le sacrement de la réconciliation qui est comme un nouveau baptême, par l'Eucharistie où le Christ lumière du monde devient notre nourriture. Vivre en baptisés, c'est comme le prophète Samuel lors du choix de David, imiter Dieu qui regarde, non pas l'apparence comme les hommes, mais le cœur.
La guérison de l'aveugle-né est le signe d'une guérison dont nous avons tous besoin. Nous pouvons en effet avoir une bonne vue au sens physique du mot, et pourtant être aveugles en un autre sens.
Père Jean-Luc MICHAUD