Une conversation dérangeante

La scène se déroule donc en Samarie, près de la ville de Sykar. Les Juifs de Jérusalem haïssaient les Samaritains. Ces derniers étaient issus d’un brassage de population, suite aux diverses invasions au cours des siècles. Ils avaient gardé les cinq livres de la Loi, mais pratiquaient un mélange religieux qui les rendait odieux aux yeux des Juifs. Cependant, pour aller de Jérusalem en Galilée, il fallait traverser leur territoire. « Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits de Jacob. Il était environ midi. » Il est seul. Arrive une femme de Samarie qui vient puiser de l’eau. À cette époque, un homme n’adressait jamais la parole à une femme inconnue, dans un lieu public. Or, Jésus prend les devants : « Donne-moi à boire. »

L’attitude de Jésus, c’est vrai, est surprenante. Saint Jean note l’étonnement des disciples de voir Jésus en discussion avec cette femme, dont nous apprenons qu’elle est dans une situation matrimoniale et morale en totale contradiction avec la Loi. Mais voilà ! Les « pestiférés » de toutes sortes, physiques, moraux, spirituels, les « excommuniés » semblent comme aimanter les rencontres de Jésus. C’est Jésus, que nous reconnaissons comme le Fils de Dieu, qui demande, qui se fait mendiant auprès de cette femme. Il lui parle ouvertement de sa situation morale irrégulière. Mais, chose étrange, à aucun moment il ne lui enjoint de quitter l’homme qui partage sa vie et qui n’est pas son mari. Il ne pose pas de conditions. Suprême scandale, pour des pharisiens : c’est à cette femme-là qu’il révèle, avant tout le monde, avant ses disciples, qu’il est le Messie.

Nous sommes, hélas, des êtres habitués : la lecture de cette page d’évangile ne nous choque plus. Pourtant c’est Jésus, dans la nouveauté de son enseignement et de son agir, qui reste pour nous la norme irremplaçable. Il va vers les pécheurs sans d’abord leur demander de se mettre en règle. Il leur donne sa présence, gratuitement. Et c’est après, dans l’éblouissement de cet amour et de cette miséricorde, qu’ils peuvent faire la lumière en eux, trouver la force de changer de vie et ainsi mieux connaître le don de Dieu. La Samaritaine est devenue la missionnaire de cette Bonne Nouvelle. Alors nous nous prenons à rêver de chrétiens un peu plus évangéliques dans certains domaines de leur agir. Que l’Esprit vienne déjà nous convertir nous-mêmes à Jésus.

Père Hunt

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