Ce que peut révéler la souffrance

La douleur est une alerte physiologique qui signale une agression à laquelle il faut mettre fin ou porter remède sous peine de subir une atteinte à l’intégrité de l’organisme. Ainsi, en ce sens premier, la souffrance révèle une menace physique. Du même coup, elle révèle aussi une vulnérabilité du corps, donc une faiblesse.

Or, nous n’aimons pas nous montrer faibles. Outre que nous mettons notre fierté dans notre force, la connaissance des défauts de notre cuirasse est un avantage pour tout adversaire potentiel. Ce sont assez de bonnes raisons pour que nous choisissions de cacher la douleur qui révèle notre faiblesse : « Même pas mal ! »

Pourtant, la souffrance peut aussi avoir pour cause profonde l’amour éprouvé pour autrui. C’est le cas bien sûr de la compassion ou de l’inquiétude pour celui qui souffre ou qui risque de souffrir, mais encore de nombreux mouvements d’une âme qui ressent jusqu’à la douleur son attachement à une autre.

Le Pape Benoît XVI, reprenant un mot de saint Bernard, insiste ces temps-ci dans son enseignement sur le fait que, si Dieu ne peut souffrir (“patior” en latin) puisqu’il est impassible ainsi que l’enseigne fermement la Tradition, il peut pourtant compatir (“cum-patior”) car comment serait-il Amour sans cela ?

Ainsi, les grandes souffrances du Messie que Jésus vient d’annoncer à ses disciples et qui leur demeurent incompréhensibles et inacceptables comme signifiant sa faiblesse et sa vulnérabilité sont-elles d’abord la révélation du “trop grand amour de Dieu” pour les hommes qu’il est venu sauver de tous leurs maux.

La Transfiguration en témoigne, sans effacer le fait que la croix du Fils de Dieu révélera aussi la réalité de sa vulnérabilité, puisqu’il s’est fait vraiment homme. La gloire de Jésus n’éclate pas malgré sa souffrance et sa mort, mais dans cette faiblesse même et ce sacrifice d’où sort la puissance infinie de l’Esprit et de ses grâces.

Marc Lambret, curé

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