“ Heureux les persécutés à cause de moi ”
Devenons des témoins

Les deux dernières béatitudes dans l’Évangile selon saint Matthieu (5,1-12) portent sur ceux qui sont persécutés pour la justice et rejetés à cause de leur foi au Christ, en d’autres termes sur les martyrs chrétiens. Le mot de « martyr » veut dire témoin et témoin parfois jusqu’à la mort. Être témoin implique donc la possibilité de l'épreuve et de la souffrance. Des enfants et des jeunes qui veulent s'affirmer chrétiens, par exemple en allant au catéchisme, à un groupe d'aumônerie, à des réunions de préparation à la confirmation, en sont conscients, eux qui rencontrent de la part de camarades, d'adultes, quand ce n'est pas de leurs parents, la moquerie, l'ironie humiliante, les paroles blessantes.

Dans notre société libérale et pluraliste, nous n'avons pas à imposer la foi et la morale chrétiennes. Cependant, comme chrétiens, nous avons à être nous-mêmes. Nous avons à montrer et parfois à dire en qui nous croyons, la vision que nous avons de l'homme, de la vie humaine, de l'amour, du mariage, de la sexualité, du respect de tout homme.

En même temps, nous devons respecter ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous avons à être humbles dans l'affirmation de notre foi, sachant combien nous sommes loin d'en vivre parfaitement. Nous avons pourtant le droit de dire ce que nous pensons, et de demander aux autres de respecter nos convictions, notre liberté. Or cela ne va pas sans soulever des résistances et des contradictions, sources d'épreuves et de souffrances comme nous l’a révélé récemment la visite manquée du Pape à l’Université de Rome ou les persécutions contre les chrétiens en Inde (50 églises détruites et 400 maisons brûlées à Noël dans l’État de l’Orissa).

Pour éviter cela, bien des chrétiens le sont clandestinement. Deux catholiques français peuvent travailler ensemble pendant plusieurs années sans savoir qu'ils sont tous les deux catholiques. Ils sont tout surpris, quand une occasion leur permet de se connaître mieux, de découvrir qu’ils partagent la même foi. Peut-être est-ce la conscience vive que nous avons d'être indignes du nom de chrétiens qui nous pousse à une telle attitude ? Mais pour être témoins, il n'est pas nécessaire d'être parfaits, ni de cacher les fautes de nos frères chrétiens, encore moins de faire semblant d'être parfaits. Il fait partie de notre témoignage de reconnaître que nous sommes les premiers à avoir besoin de la miséricorde de Dieu et de la croix du Christ. Car nous n'avons pas à témoigner de notre sainteté, mais de ce que nous sommes devenus par la grâce de Dieu et à quoi nous restons attachés : des chrétiens dans l'Église. D'une façon moins dramatique que les martyrs au sens précis du mot, nous avons à montrer ce que nous sommes et, si besoin est, à dire Celui qui nous a fait ce que nous sommes. Nous avons à nous entraider à vivre cela. C'est pourquoi, il est bien vrai que les martyrs sont aujourd'hui encore un modèle et un signe pour nous.

Père Jean-Luc MICHAUD

Anciens éditoriaux

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