LA LOGIQUE DE L’INCARNATION

L’idée que nous nous faisons spontanément de la « Sainte Famille » de Joseph, Marie et Jésus est celle d’un idéal hors de portée de toutes nos familles. L’oraison de ce jour nous la donne d’ailleurs en exemple. Or, le passage de saint Matthieu qui nous est proposé aujourd’hui nous montre une famille plongée dans l’inquiétude, obligée de fuir devant une menace mortelle : « Lève toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte : reste là-bas… car Hérode va chercher l’enfant, pour le faire périr. » Et Joseph de partir en toute hâte, « dans la nuit », avec Marie et l’enfant Jésus. Dès le début de son histoire, la vie de la Sainte Famille n’est décidément pas de tout repos !

Nous pouvons imaginer les sentiments qui devaient habiter le cœur et l’esprit de Marie. L’ange lui avait annoncé qu’elle allait avoir un fils « qui sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il règnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. » Déjà elle avait dû accoucher dans une situation de grande pauvreté. Et maintenant, elle doit fuir, comme une pestiférée ! Le Très-Haut a une manière bien curieuse de tenir sa parole !

Saint Mathieu ne nous donne pas de détails sur la date et les circonstances de cet épisode. Mais il est heureux qu’il nous l’ait transmis. Il faut nous souvenir, ici, de ce que dit saint Paul : « Le Christ Jésus s’est dépouillé lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. » L’incarnation du Fils de Dieu va jusque là. Et cela a commencé dès le début. Avec sa mère et Joseph, Jésus a dû connaître la haine qui règne trop souvent entre les hommes. La Sainte Famille plongée dans l’exil, c’est déjà le Fils de Dieu qui veut descendre dans la condition réelle de tant de familles, aujourd’hui comme hier. Soyons-en sûrs : Dieu ne veut pas la violence, l’injustice. Mais il n’a pas d’autres chemins pour nous rejoindre que d’expérimenter lui-même les drames humains. C’est dans ce couffin qu’il veut déposer son amour qui aura, un jour, le dernier mot, à la Résurrection.

Père Joseph HUNT

Anciens éditoriaux

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