Qu’est-ce qu’un père ? Question redoutable pour quiconque est appelé « père ». Question douloureuse pour beaucoup d’enfants des hommes : nombreux sont ceux qui furent privés de leur père ou qui le sont encore, par les malheurs de la vie ou par l’inconscience des adultes. Nombreux aussi, ceux dont le père fut un jour indigne de ce nom et pour qui la blessure demeure.
La vertu de justice est recommandable à tous, mais indispensable au représentant de l’autorité. Ainsi, comme le roi, le père doit être juste, irréprochablement. Mais alors, qui d’autre que Dieu pourrait être père ? C’est pourquoi les fils de la Première Alliance portent dans leur chair le signe de l’hommage au Seigneur sans lequel toute paternité est abusive sous le ciel.
Abraham, le père des croyants, est nommé tel « parce qu’il eut foi dans le Seigneur et cela lui fut compté comme justice ». En lui Dieu manifeste que, parce qu’il est infiniment bon, il donne à ceux qu’il aime tout ce qu’il a, tout ce qu’il est. Lui qui seul est Père donne aux hommes de sa prédilection la justice par la foi et l’honneur d’être père, avec la charge et la force de la porter.
C’est pourquoi il est écrit que Joseph était un homme juste, lui qui reçut le privilège insigne d’être le père sur la terre du propre Fils éternel de Dieu. Jésus l’a aimé comme un vrai père en ce monde, et il en a rendu grâces, lui qui a prié ainsi à la veille de sa Pâque : « Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ils ont reconnu, eux aussi, que tu m’as envoyé. »
Non, ce n’est pas une offense à notre humanité de croire que Joseph reçut Marie son épouse, avec l’enfant qu’elle portait en elle, sans la connaître jamais « bibliquement », respectant ainsi sa virginité perpétuelle. C’est un modèle du juste renoncement à soi sans lequel personne ne peut entrer dans le mystère joyeux du sauveur venu en notre chair par amour pour les pécheurs.
Père Lambret, curé