Alors que nous venons de fêter tous les saints, c’est-à-dire tous les hommes et les femmes qui ont été justifiés comme l’a été le publicain de dimanche dernier, nous faisons connaissance avec Zachée. Or l’histoire de Zachée vient compléter notre enquête sur ce Dieu qui a décidé de nous sauver mais non pas malgré nous.
Zachée voulait voir et entendre Jésus, le prophète de Nazareth, mais ses attentes vont être dépassées. C’est Jésus qui lui demande de venir chez lui. Il y vient d’une part en prenant son repas dans ce repaire de voleurs, les collecteurs d’impôts de l’époque et, d’autre part, en rencontrant chacun dans son intimité. En d’autres termes, il vient sauver les habitants de la maison qui l’accueillent. C’est cela être sauvé. Le salut, c’est d’abord Jésus reconnu et accueilli comme présence de Dieu. Une Présence offerte à tous, même si ce sont plus souvent les petits, ceux qui se reconnaissent en situation de précarité qui sont plus enclin à l’accueillir en général. Mais ce n’est pas parce que Zachée va donner de l’argent que Jésus déclare qu’il est sauvé ; ce qui sauve Zachée c’est d’accueillir Jésus comme le Seigneur. Et, bien sûr, le reste suit.
Zachée retrouve en même temps la justification de sa filiation avec Abraham. Très habilement Jésus fait comprendre qu’être membre du Peuple élu ce n’est pas un privilège de caste héréditaire que l’on peut perdre ou mériter, mais un cadeau de Dieu trouvant son sens dans la modestie, l’humilité du pécheur qui accepte son pardon. Le salut est don de Dieu, cadeau de Dieu ; ce n’est pas Zachée qui est la cause de son salut, et pourtant son attitude d’accueil est indispensable pour que le salut advienne « aujourd’hui » pour lui. Dès lors on peut comprendre la difficulté de nos contemporains à comprendre ce qu’est le Salut. Ils sont trop entraînés à nier leurs fautes et leurs limites pour les reconnaître. Ce qui explique sans doute la désaffection des confessionnaux, hormis ceux des psychanalystes et de la Téléréalité.
Il n’est pas innocent de noter aussi que cet épisode se déroule à Jéricho. Jéricho, la première ville de la Terre Promise conquise par les tribus d’Israël en sonnant du cor tout en faisant sept fois le tour des murailles… Les juifs ont toujours considéré cette conquête comme un don de Dieu et non comme une victoire due à leurs propres forces. Décidément, nous dit Saint Luc, le salut est toujours un cadeau. Jéricho, c’est aussi pour Jésus, (dont le nom signifie Dieu sauve) la dernière étape de la montée à Jérusalem où s’accomplira le salut de l’humanité tout entière. Certainement, en choisissant de s’inviter chez Zachée, Jésus ne cherche pas à donner une leçon : simplement, il révèle qui est Dieu, irrésistiblement attiré par ceux qui sont en train de se perdre. Et pourtant le Salut était à portée de main.
Père Jean-Luc MICHAUD