ENFANTS SAUVÉS

Qu’il est vilain, ce pharisien, “ pas sympathique ”, “ gonflé ”, faisant le décompte de ses mérites, se prenant pour un modèle de vertus ! Mais ce publicain ! Quel exemple d’humilité ! Il ne se met pas en avant, il baisse les yeux, il se reconnaît pécheur ! Attention ! N’allons pas si vite !

Le pharisien est un homme profondément religieux, habité par le souci d’obéir à la Loi de Dieu. Il va au Temple pour prier, et sa foi imprègne toute sa vie. Plus encore, il donne à sa prière une couleur d’action de grâce. Et puis, Jésus n’a-t-il pas dit lui-même : « Celui qui violera l’un des plus petits préceptes de la Loi sera tenu pour le plus petit dans le Royaume » ?

Le publicain, lui, tout au contraire, est un homme à ne pas fréquenter. Il « reste à distance » parce qu’il lui est interdit d’entrer dans le Temple. Il est un collaborateur des Romains, contaminé par l’impureté des païens. Et c’est un « voleur professionnel », comme Zachée ! Finalement, le pharisien a bien raison d’éprouver un sentiment de mépris envers ce publicain que tout le monde déteste. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit : « Si ton frère vient à pécher et qu’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain » ?

Sachant cela, comment ne pas être choqué par la parole de Jésus : « Quand le publicain rentra chez lui, c’est lui qui était devenu juste et non pas le pharisien » ? Lisons plus attentivement. Celui qui est au cœur de la parabole, ce n’est ni le pharisien ni le publicain. C’est Dieu. Dieu a bien donné la Loi à Moïse, mais il n’a jamais dit qu’il s’identifiait purement et simplement à des préceptes juridiques. Au contraire, avec les prophètes, il n’arrête pas de dire qu’il est un Dieu qui ne fait qu’aimer son peuple. C’est ce trait-là du visage de Dieu que Jésus est venu non seulement privilégier, mais mettre devant tous les autres aspects. Son nom est Père. Jésus dira : « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices. » Avec le pharisien, Dieu n’a plus rien à faire : il est “juste ” par lui-même. Le publicain n’ayant aucun mérite à donner, il ne peut que recevoir. Et justement, Dieu veut donner, se donner, gratuitement. Il peut alors « ajuster » le publicain à son amour ; finalement, nous sommes conviés, nous aussi, à nous demander en quel Dieu nous croyons.

Père Hunt

Anciens éditoriaux

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