ENTRE LE FINI ET L’INFINI

Avez-vous remarqué la propension de nos contemporains pour les sondages, du sujet le plus futile au plus important, pas moyen d’ouvrir un journal sans rencontrer une de ces photographies sociologiques modernes. Notons une seconde chose, une fois lus, ceux-ci servent de matière à de nombreux commentaires plus ou moins pertinents.

Quel rapport avec l’évangile de ce dimanche me direz-vous ? Et bien l’évangéliste saint Luc nous rapporte, avec une étonnante modernité, un sondage exclusif qui nous apprend que seulement 10% des lépreux guéris par Jésus reviennent le remercier de ce miracle ! À cette stupéfiante information, le badaud voulant se rassurer, pensera que ce petit nombre de reconnaissants s’explique sans doute par la qualité de ceux-ci ; que nenni ! En effet, l’évangile nous apprend que c’est un Samaritain, considéré comme un païen ou un possédé par les pharisiens, qui seul a fait demi-tour pour rendre gloire à Notre Seigneur.

Ainsi, ceux qui étaient le plus à même de reconnaître les merveilles de Dieu dans leur vie, sont pris en flagrant délit d’ingratitude envers celui qui pour le moins, les a sauvés de cette terrible maladie. Il faut sans doute croire avec Nicomède du Cid de Corneille que : « On n’aime point à voir ceux à qui l’on doit tant. »

Cet adage illustre bien souvent l’ingratitude des hommes et bien souvent la nôtre, quant à nos bienfaiteurs qu’ils soient hommes ou Dieu ; mais l’évangile va bien plus en profondeur que cela. La disproportion qui existe entre le don reçu par ces lépreux et leur regrettable attitude est d’une autre nature qu’un grave défaut d’éducation ou qu’une manifeste dureté de cœur ; ce que Jésus veut mettre en lumière à travers ce récit, c’est l’amour de Dieu qui ne connaît aucune mesure, aucun calcul, et qui sait bien qu’il n’obtiendra de sa créature qu’une pauvre réponse, qui sera toujours en disproportion, comme le fini l’est de l’infini.

Seul les saints ont su scruter avec acuité le cœur de notre Dieu, ainsi avec saint Augustin nous pouvons ouvrir notre cœur de pierre au Seigneur et croire : « qu’il n’y a rien de si dur qui ne cède au feu de l’amour de Dieu. »

Père Olivier Horovitz

Anciens éditoriaux

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