Le vieux proverbe français popularisé par Alfred de Musset qui en fit le titre d’une pièce de théâtre veut qu’une porte soit ouverte ou fermée, c’est-à-dire qu’une décision franche soit prise sur l’attitude à adopter. Certes, la prudence, la diplomatie ou la bienséance commandent souvent de procéder avec ménagement, mais on ne peut indéfiniment tergiverser sous peine de renoncer à choisir, sinon de la pire des manières qui consiste à subir.
Les interlocuteurs de Jésus, scribes et pharisiens, sont d’abord partagés : attirés par le Christ, ils répugnent pourtant à se confier à lui qui s’occupe des pécheurs plus que d’eux et les appelle à la même abnégation. Comme l’aîné de la parabole des deux fils, ils supportent mal la miséricorde faite au prodigue et sont mordus par la jalousie. Mais cet état indécis, s’ils n’en sortent par une prompte conversion, tourne à l’opposition mortelle.
C’est l’avertissement grave donné aujourd’hui par la parabole du pauvre Lazare. Le riche se retrouve en enfer par inadvertance : il n’avait même pas remarqué le mendiant à sa porte ! Son cœur enfermé dans ses possessions matérielles et spirituelles est devenu sourd à la parole des prophètes comme aux cris des malheureux. Personne ne pourra plus rien pour celui qui, à force de ne pas s’ouvrir à Dieu et au prochain, se sera fermé à jamais.
Pour nous, il ne s’agit pas de spéculer sur le sort final des hommes du temps jadis qui ont résisté au Christ : nous les confions à la miséricorde de celui qui seul est juge. Mais nous devons entendre l’avertissement pour nous-mêmes et pour ceux qui nous rencontrent. Perdre du temps à répondre à l’appel de Dieu est dangereux, car le temps perdu joue contre celui qui diffère sa réponse. La pente est forte : plus on tarde et plus on s’enfonce.
Disons-le aux parents qui négligent de faire baptiser leur enfant ou de le mettre au catéchisme « parce qu’il choisira un jour » : c’est eux-mêmes qui manquent à l’appel du Seigneur. Ils pensent encore à donner aux bonnes œuvres, mais ils perdent la trace de celui qui vient annoncer l’heureuse Nouvelle aux pauvres. Reprenons-nous ! Si la parole de Dieu met le pied dans la porte de notre cœur, ouvrons-la franchement, maintenant !
Marc Lambret, Curé