Cet évangile nous déconcerte toujours : Jésus semble faire l’éloge de la malhonnêteté ! Mais en réalité, un éloge tout relatif.
Jésus prend bien soin de préciser que le maître félicite son intendant pour son habileté. S’il emploie cet exemple un peu provocant, c’est pour nous faire réfléchir sur quelque chose de très grave, et c’est la dernière phrase qui nous le dit : nous avons un choix à faire, et il est urgent, entre Dieu et l’Argent. « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. » Jésus donne à ce mot « Argent » une densité qui dépasse son emploi habituel dans le langage courant. Il désigne en effet l'Argent comme une puissance susceptible d'être rangée au royaume des divinités, des idoles. Par quelle alchimie mystérieuse, la réalité banale que représente ce mot du langage ordinaire peut-elle se transformer en une puissance divine ? Comment s'opère une telle mutation ? Tout simplement, à partir du cœur humain !
Et Jésus dresse toute une série d’oppositions : entre les fils de ce monde et les fils de la lumière, entre une toute petite affaire et une grande affaire, entre l’Argent trompeur et le bien véritable, entre les biens étrangers et notre bien. Toutes ces oppositions n’ont qu’un but, nous faire découvrir que l’Argent n’est qu’une tromperie et que consacrer sa vie à « faire de l’argent » comme on dit, c’est faire fausse route. C’est aussi grave que l’idolâtrie que les prophètes ont tellement pourchassée. Avec l’Argent nous sommes exposés à tous les dangers, à tous les pouvoirs, également à tous les malheurs.
Ce qui est à retenir aussi, c'est que l'argent ne peut devenir une divinité que parce que l'on «se» donne à lui ! C'est l'homme qui confère une toute-puissance à la divinité devant laquelle il s'incline. La Bible n'hésite pas alors à parler de « prostitution ». Se prostituer, c’est se courber devant l'idole, c'est « se » donner soi-même et, littéralement, se vendre. Ce qui fait par conséquent la grandeur de l'homme peut faire aussi son malheur !
En somme, à la suite des trois paraboles sur la miséricorde, Jésus veut nous rappeler qu'en étant créés à l'image de Dieu, nous sommes comme une perle de grand prix. Nous ne pouvons donc pas gaspiller cette fortune en l'offrant aux divinités de notre fabrication. Le seul qui soit digne de s'établir dans cet héritage, c'est Celui qui nous a faits à sa ressemblance et le chemin qui nous y conduit, c'est la foi, autrement dit la confiance. Nous sommes tout proches de ce qui est au fondement de toute vie chrétienne : la foi dans le Christ. De cette foi nous sommes responsables ; à nous de l'entretenir. En développant notre foi, notre confiance exclusive dans le Christ, nous remettons toutes choses en ordre et nous reconduisons l'argent à sa juste place : un serviteur, jamais un maître, jamais un dieu !
Père J.L.Michaud