QUI VIVRA VERRA

Les personnes très âgées disent parfois qu’elles ont perdu le désir de vivre, que désormais elles n’aspirent plus qu’à une fin qui ne tarde que trop. Pourtant, la perspective de la naissance d’un petit enfant relance à ce point l’intérêt que certains grands vieillards s’accrochent visiblement au souffle qui leur reste le temps nécessaire pour ne pas manquer de la voir de leurs propres yeux.

Le 24 juin, fête de la nativité de saint Jean Baptiste, les textes choisis par la liturgie pour la messe du jour, et plus encore ceux qui sont prévus pour la messe de la veille, s’émerveillent de ce moment central de l’histoire universelle : à partir de Jean commence l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament. Ce temps sur lequel les prophètes ont réfléchi et médité, c’est le nôtre !

Comment désormais dédaigner la moindre goutte de vie qui nous est accordée par le Seigneur ? Non seulement nos yeux voient le salut que Dieu avait préparé à la face des peuples, mais encore chacune de nos décisions, la moindre de nos actions, contribue ou non à cet accomplissement. Voilà ce que nous révèle le Christ, et ce que nous pouvons réaliser avec la puissance de l’Esprit Saint.

Chrétiens, nous ne pouvons tomber dans aucun fatalisme. Non, l’avenir n’est pas « écrit » au sens où tout serait fixé d’avance indépendamment de nous. Bien au contraire, l’histoire reste ouverte, et il nous appartient de lui faire prendre des chemins que Dieu bénit, plutôt que des impasses de douleur et de mort. Il dépend de nous que le Christ grandisse tandis que nous passons.

« Que sera donc cet enfant ? », se demandaient ceux qui apprenaient la naissance étonnante du fils d’Élizabeth et Zacharie. Nous le savons aujourd’hui, Jean est devenu « le plus grand des enfants de la femme », le prophète qui vit l’Esprit reposer sur Jésus et qui déclara : « Voici l’Agneau de Dieu. » Ce Jésus, nous ne l’avons pas vu, et nous croyons en lui sans le voir encore.

Pourtant, nous qui l’aimons, nous tressaillons d’une joie qui nous transfigure dans l’espérance du salut qui est l’aboutissement de notre foi : saint Pierre le dit dans sa première lettre. Temps de travail ou de vacances, de joie ou de peine, de succès ou d’épreuve, que tout le temps qu’il nous est donné de vivre soit pour voir et faire voir aux hommes le salut de Dieu qui vient.

Marc Lambret, curé

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