Les scrutins qu’ont vécu nos catéchumènes durant le Carême, tendaient à leur faire découvrir leur péché et ainsi à mettre en évidence le nouveau chemin à suivre en tant que baptisés, c’est-à-dire enfants de Dieu. Les scrutins que nous allons vivre pendant les semaines qui viennent, s’ils ne visent pas à démasquer le péché, vont nous permettre de faire connaître démocratiquement nos aspirations et nos choix de société.
En lisant et écoutant les « professions de fois » des candidats à la présidence de la République, je ne me sens pas si loin de l’évangile de ce dimanche où Jésus dit à Pierre : « Suis-moi ». J’entends en sourdine la question du Seigneur : « Est-ce que tu m’aimes ? » Que dois-je faire en tant que disciple du Christ et électeur pour le bien commun et mon propre salut ?
En réalité l’électeur n’est responsable que des choix programmés qui sont soumis à son vote. Par conséquent, le fait qu’un candidat s’accommode tant bien que mal d’un statu quo législatif déjà voté, alors que celui-ci transgresse des valeurs éthiques fondamentales, peut être considéré comme un moindre mal et ne pas empêcher en conscience de voter pour lui. Mais il est clair que la responsabilité morale de l’électeur n’est pas engagée de la même manière face à une simple position personnelle d’un candidat et face à un choix programmé qu’il propose explicitement. Dans le premier cas il s’agit d’un débat d’idées encore vagues, alors que dans le second on pose un acte de coopération avec le mal, qui est bel et bien réel. C’est pourquoi dans ce cas l’objection de conscience s’impose moralement. Le pape Benoît XVI vient de mettre de nouveau en garde les Européens contre la tentation « d'adopter un comportement pragmatique, aujourd'hui largement diffusé, qui justifie systématiquement le compromis sur les valeurs humaines essentielles, comme si celui-ci était l'inévitable acceptation d'un prétendu moindre mal. Ce pragmatisme, présenté comme équilibré et réaliste, au fond ne l'est pas ».
Il revient donc à chacun de nous de discerner si oui ou non il y a, dans les programmes des candidats qui nous sont présentés, des points qui portent atteinte à des principes éthiques fondamentaux et en conséquence non-négociables comme le répète inlassablement le veilleur Benoît XVI. Chacun doit faire soigneusement la différence entre des positions énoncées par les candidats comme une intention encore vague et le projet explicitement formulé de faire voter une nouvelle loi (par exemple sur les unions homosexuelles, sur l’euthanasie ou sur la manipulation génétique). C’est dans cette application prudentielle de notre conscience que nous devons nous déterminer les uns et les autres, même si, souvent, de façons différentes. Demandons à Dieu d’éclairer chacun dans l’application effective de sa conscience à ses actes.
Père Jean-Luc MICHAUD