MIEUX QUE PALMES OU RAMEAUX

Cette année, c’est un comble, l’évangile des Rameaux n’en parle pas.

Contrairement aux trois autres évangélistes, saint Luc n’évoque pas les frais branchages apportés par la foule pour saluer l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Il ne mentionne que les vêtements qu’étendent les disciples sur l’âne, et les gens sur le chemin où s’avance le Seigneur. Il souligne ainsi, et par plusieurs détails, que Jésus est vraiment reconnu et accueilli comme roi, “ intronisé ”, par le peuple d’Israël dans son ensemble.

Une foule en liesse peut manifester avec exubérance son admiration pour un héros ou un artiste, cela ne veut pas dire qu’elle est prête à le suivre partout où il voudra la mener. Tandis que jeter son manteau en guise de tapis aux pieds du Souverain signifie l’hommage sans limites de sa personne, corps et biens, et la promesse d’une parfaite obéissance. C’est bien ce que démontre, en saint Luc, « la foule des disciples, transportés de joie et louant Dieu pour tous les miracles qu’ils avaient vus ».

En outre, dans ces textes de l’année C, le passage des Rameaux à la Passion n’est plus un contraste navrant, mais une transition logique. En effet, Luc atténue pudiquement les aspects peu glorieux de la conduite des disciples en ces circonstances ; en revanche il s’efforce d’indiquer de bien des manières que le Christ est déjà suivi sur son chemin de croix. Ainsi, là où les autres parlent de deux malfaiteurs crucifiés avec lui qui l’insultaient aussi, Luc place à droite de Jésus son fameux « Bon larron ».

Cette version des événements où ceux qui y assistent veulent suivre le Seigneur sur son chemin peut nous plaire comme un miroir : ne sommes-nous pas rassemblés pour louer et servir le Fils de Dieu qui nous est donné comme roi par son Père ? Pourtant, elle fait aussi ressortir plus cruellement notre propre médiocrité de disciples : offrons-nous vraiment nos personnes en sacrifice avec celui qui a donné sa vie pour nous ? Un seul cœur qui se donne vaut mieux que mille palmes ou rameaux bénits.

Marc Lambret, curé

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