La parabole du fils prodigue nous dit de quel amour Dieu notre père nous aime. Car si l’on y regarde de près, aucun des deux fils aimés, ne l’aimait réellement en retour. Tous deux ne cherchaient jalousement que leurs intérêts égoïstes. Le père, lui, aime sans contrepartie. Il nous dit le projet d’amour de Dieu pour l’humanité. C’est ce projet que l’on peut appeler la « civilisation du cœur ».
La mission des chrétiens ne serait-elle pas d'œuvrer, au sein de l'anti-civilisation du rationalisme et de l’hédonisme, dure, froide, inhumaine, sans cœur, pour une civilisation du cœur ? Ce cœur de Dieu manifesté suprêmement dans le cœur du Christ ouvert par le coup de lance, d'où ont jailli l'eau de l'Esprit Saint et le sang de la vie divine. Il est la profondeur de l'homme habitée par l'Esprit Saint qui seul rend l'intelligence pleinement humaine, à l'image de celle du Christ. Loin d'écarter les chrétiens de leur rôle dans la société, le cœur du Christ les pousse et leur apprend à travailler à l'établissement d'une civilisation du cœur, la seule civilisation qui soit vraiment humaine.
Elle signifie le respect plein d'amour de tout être humain, y compris des êtres humains les plus insignifiants, comme le sont les enfants dans le sein de leur mère, les malades, les handicapés, les marginaux, les mourants. Nous devons comme chrétiens, être humbles, ouverts et disposés au dialogue avec tous. En même temps nous devons charitablement reconnaître et annoncer la richesse incommensurable que représentent la foi et l'appartenance à l'Église pour la société.
Nous avons pensé, à une certaine époque, qu'il nous fallait vivre cachés comme Jésus à Nazareth, renoncer à tout signe extérieur. Nous étions passés de la conquête des débuts de l'action catholique au témoignage de l'après-guerre, du témoignage à l'écoute silencieuse des années cinquante et enfin du silence à l'enfouissement des années soixante. L'époque actuelle nous demande d'exister et de nous montrer. Des chrétiens, en particulier les jeunes, qui savent ce que c'est que de vivre dans un monde d'incroyance, retrouvent la nécessité et la joie de manifester leur identité, non pour plastronner, ni même pour se rassurer, mais pour être eux-mêmes en acceptant que les autres soient eux-mêmes. Jésus n'est pas resté à Nazareth. Il s'est montré, au point qu'on lui a fait comprendre qu'il se montrait trop.
Nous avons quelque chose à recevoir des autres, c'est évident. Mais nous avons la certitude d'avoir beaucoup à apporter pour la construction d'une civilisation du cœur. Entrons dans la joie d’un Père qui nous aime et qui veut au travers de nous, aimer tous les hommes appelés à devenir ses enfants ˝prodigues˝.
Père J.L. Michaud