Poser des questions intempestives, faire du bruit qui couvre la parole ou de l’ombre qui masque la lumière, encombrer l’espace en l’occupant hardiment de sa personne et de ses objets embarrassants, il est bien des manières de gêner celui qui s’emploie à accomplir une tâche délicate. De même nous pouvons empêcher le Seigneur d’opérer notre transformation en disciples par la grâce de sa croix.
Le carême, comme tous les efforts chrétiens de conversion en général, ne consiste pas en la réalisation par nous-mêmes de ce qu’il faut obtenir, c’est-à-dire de notre recréation dans la justice et la sainteté de la vérité. Car nous en sommes incapables : seul Dieu peut vaincre en nous le mal qui nous tient en son pouvoir et nous en libérer pour que nous vivions de son amour. Nous devons seulement nous laisser faire.
Rien ne peut nous arriver de bon en ce sens si nous ne commençons pas par reconnaître en Jésus celui qui prend sur lui notre misère et nos péchés. Il sera lui-même “ un Galiléen massacré par Pilate pendant qu’il offrira un sacrifice ”. Il sera l’Envoyé (Siloé) du Seigneur, chargé de garder le peuple dans la fidélité comme une tour garde la ville, et son écroulement dans la mort signera le péché du peuple.
La contemplation du mystère de Jésus accomplissant sa mission par le sacrifice de la croix doit nous confondre. Nous ne pouvons plus poser contre Dieu la question du mal comme ceux qui n’ont pas la foi, car nous savons qu’il l’a déjà vaincu par ce trop grand amour et qu’il agit aujourd’hui pour le vaincre encore. Livrons-nous plutôt à son œuvre pour qu’il l’achève comme il l’a commencée.
Laissons le Seigneur nous faire renoncer à nous-mêmes : sa parole creusera nos suffisances et nos certitudes lisses comme une terre dure de n’avoir pas été travaillée de longtemps, sa lumière révélera la misère et la saleté de nos fautes et de nos petitesses, non pour nous écraser, mais pour éteindre notre pauvre orgueil ridicule et libérer en nous une sainte humilité. Alors, nous porterons du fruit.
Marc Lambret, curé