Ce dimanche nous écoutons la suite du discours dans la plaine, l’équivalent en saint Luc du « Sermon sur la Montagne » de saint Matthieu. Dans ce discours inaugural, Jésus expose ce qui est proprement constitutif du chrétien dans le monde par rapport aux autres hommes, juifs ou païens, qui, eux aussi – Jésus n’en doute pas – font de leur mieux pour faire le bien.
Écoutons attentivement l’enseignement du Christ : Aimez vos ennemis, ceux qui vous haïssent, vous maudissent, vous calomnient, vous frappent, vous exploitent, vous volent… et faites-leur du bien. « À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre. À celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta chemise. »
Le Seigneur parle en Seigneur et non en moraliste. Lorsqu’il enseigne l’amour du pardon, son langage vient de ce qu’il vit lui-même. Jésus réalise en sa personne et montre l’Amour que Dieu notre Père a pour nous. Alors que nous sommes pécheurs, oublieux de Dieu, parfois en état d’inimitié avec Dieu, trop souvent en état d’hostilité entre nous, Jésus vient à nous et nous offre le pardon, la générosité, l’amour du Père. Il nous demande de nous aimer entre nous de la même façon. Prions le Seigneur de nous aider à pardonner, à éloigner toute rancune, à ne pas juger nos frères, à donner sans chercher des mercis, à nous comporter avec les autres comme le Père se comporte avec nous.
La vie sociale ne peut se passer du Droit. Mais elle devient intolérable avec le Droit seul. Jésus sait très bien que sa maxime : « Tendez aussi l’autre joue » n’est pas toujours à prendre à la lettre. N’a-t-il pas remis en place le garde qui l’avait frappé devant le Sanhédrin (Jean 18,23) ? Mais, quelques heures plus tard, il la prend bien à la lettre quand les gardes le giflent (Marc 14,65) ; et que dire de la suite de cette nuit affreuse ? La non-violence est une béatitude : Heureux les doux ! L’amour des ennemis est une force politique. Que l’on pense à Gandhi, Luther-King ou Robert Schuman, ce grand Lorrain de la réconciliation européenne.
Ce que Jésus demande, c’est de vaincre le mal par le bien, la haine par l’amour, comme il l’a fait. Répondre au mal par le bien, à la haine par l’amour… ce n’est pas facile, c’est vrai. Jésus lui-même le reconnaît, quand il nous dit que les pécheurs ne le font pas, mais seulement les fils de Dieu, et que leur récompense sera grande. Ne nous conduisons pas en pécheurs, mais en fils de Dieu. Nous le pouvons… avec le secours du Seigneur : à nous de le lui demander et de mettre un peu de bonne volonté, de faire des efforts. Jésus nous a donné l’exemple, et il ne nous demande que ce qu’il a fait. Après lui, beaucoup ont fait comme lui, et même avant lui, comme David à l’égard de son ennemi Saül, sous la motion de L’Esprit Saint.
Père Li