Le péché de chair aurait été le premier péché et, depuis lors, « la jolie pomme défendue » exercerait le même attrait avec les mêmes effets. Selon d’autres, aux intérêts plus intellectuels, c’est de la connaissance en général que Dieu aurait voulu frustrer l’homme dès l’origine, pour que, sans la lumière libératrice de la science, il soit maintenu en minorité dans la débilité et l’insignifiance. D’autres encore parlent de transgression nécessaire. Que cache ce fameux « arbre de la connaissance du bien et du mal » que trop de versions placent encore au centre du Jardin ?
Ce Jardin, Dieu l’avait dessiné avec amour pour que l’homme y connaisse la félicité au sein d’une nature familière et généreuse, appelant par son nom chacun des animaux que leur Créateur lui avait amenés. Seigneur du lieu de tous les délices, l’homme, homme et femme, n’avait qu’à y goûter les bontés de Celui qui avait tout fait pour lui. Rien ne manquait à son bonheur, ni à sa grandeur, sinon de vivre toujours comme Dieu. Et cela même lui était offert : planté au milieu du paradis et portant pour lui le plus désirable des fruits, trônait l’arbre de vie.
Mais il y avait aussi « l’arbre de l’expérience du bon et du mauvais », comme il est plus juste de traduire l’original hébreu, concret et pragmatique plutôt que moraliste et conceptuel comme nous. Car le mauvais était déjà là, mais Dieu seul le connaissait. Où, quand et comment il apparut d’abord, Dieu seul le sait, lui qui seul est de toute éternité et qui n’est que bonté. Ce qui est sûr, c’est que le mauvais n’a pas le pouvoir d’exister sans le bon. Seul le bon existe de lui-même. C’est pourquoi le mauvais, au Jardin, n’apparaît pas sans le bon dans l’arbre en question.
Les richesses sont bonnes, elles viennent de Dieu généreux pour l’homme depuis l’origine. Le mauvais s’y met volontiers. Il se mêle de même au mouvement amoureux de l’homme vers la femme et d’elle vers lui, et aussi à nos désirs de connaissance, à ce goût que nous tenons du Logos éternel pour la contemplation et l’intelligence de ce monde créé aux acclamations des fils de Dieu. Mais le Verbe a dû se faire chair pour qu’enfin le mauvais soit séparé du bon que nous étions, et que nous devenions parfaits en entrant dans la béatitude des pauvres du Seigneur.
Marc Lambret, curé