La notion de péché est devenue étrangère à notre génération. Sans doute notre passé janséniste a-t-il pesé sur l’évolution actuelle, qui cherche en retour à nous libérer de tout sentiment de culpabilité et de l’idée même de péché. C’est pourquoi les confessionnaux restent désespérément vides alors que les cabinets de psychologues se remplissent dans les mêmes pro-portions. Pourquoi une telle fuite devant la réalité ? Sommes-nous plus heureux dans le déni de ce que nous sommes ? Comment dès lors comprendre l’Évangile et la notion de rédemption dans de telles conditions ?
Si l’humanité a toujours été pécheresse et le restera, au moins dans le temps passé cherchait-elle la vérité. C’est la condition indispensable pour être sauvés : avoir conscience du bien et du mal et appeler ce qui est bien, bien, et ce qui est mal, mal !
L’aventure de Pierre commence par cet aveu : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » Elle se terminera dans la nuit de la passion et au matin de Pâques, avec un pécheur pardonné. Sur le bord du lac de Génésareth, Pierre ne le sait pas encore, mais il est sur le point de l’apprendre : c’est précisément aux pécheurs que Jésus s’intéresse. Pierre l’entendra si souvent sur ce point : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs » (Luc 5,32). Et c’est connaître son péché qui avantage Pierre, qui lui donne sa chance.
A peine Pierre a-t-il trahi le soir du jeudi saint, que le regard de Jésus croise le sien. Celui du pécheur honteux ; et celui du Sauveur : océan de tendresse et de douceur, pardon sans mesure. Sur-le-champ, Pierre a compris à quel point il était aimé, malgré sa chute, jusque dans sa chute. Pierre était bâti ainsi, comme tant d’autres, qu’à moins de tomber aussi bas, il n’aurait jamais pu croire à un tel amour, il n’aurait jamais connu Jésus, il n’aurait jamais pu devenir le premier témoin de la résurrection.
C’est pourquoi, au matin radieux de Pâques, Jésus apparaîtra en premier à Pierre et à Marie-Madeleine : au pécheur et à la pécheresse qui avaient le plus besoin de pardon et d’amour. Avec Paul il peut dire en vérité : « Le Christ est venu pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier » (1 Timothée 1,15). Ou plus simplement, avec le psalmiste : « J’étais faible, il m’a sauvé ».
Père Jean-Luc MICHAUD