Ne jouons pas les grincheux : Il nous faut rendre grâce au Seigneur pour l’œuvre et la vie de l’abbé Pierre ; et nous devons nous joindre à l’hommage que les médias lui rendaient ces jours-ci, eux qui ont utilisé et parfois exploité ses colères, sa silhouette, sa voix chevrotante et décidée, qui nous sont encore familières.
Nul doute que l’abbé Pierre, en fin politique, a su lui-même jouer de tout ce qui pouvait toucher le monde et les politiques pour obtenir tout ce qu’il a fait et qui pourrait se résumer ainsi : servir les pauvres au nom de Jésus, et rendre une dignité quant à la vie matérielle, au nom de celui qui a voulu « planter sa tente parmi nous » (cf. Jean 1, 14).
Il reste que nous ne nous faisons pas beaucoup d’illusions quant aux canonisations dont la presse est capable : à l’heure où paraîtront ces quelques lignes, les obsèques de l’abbé Pierre auront été célébrées, et le soufflé médiatique lié à sa mort ne tardera pas à redescendre. D’autres étoiles prendront sa place au panthéon des médias qui ont aussi su parfois se jouer de lui et par exemple le piéger en l’emmenant là où il n’aurait pas voulu aller.
Profitons donc de ce silence retrouvé pour à notre tour revenir à l’essentiel : avec l’Église qui a baptisé Henri Grouès, qui a nourri sa vocation de prêtre et recueilli ses vœux monastiques, prions pour celui dont la grâce à été d’être connu et aimé des français et des pauvres. Prions aussi pour un homme pécheur que la célébrité n’a pas toujours servi. Prions enfin pour celui qui, rempli de zèle pour le Seigneur, a bravé l’âge et la fatigue pour être la voix des « sans voix ».
L’abbé Pierre compte sur notre prière, c’est bien la seule chose qui lui soit utile aujourd’hui. Et gageons que cette prière sera plus fidèle que l’émotion des journalistes. C’est elle qui nous mènera, à la suite de saint François d’Assise et de saint Vincent de Paul, au service de ceux vers qui la charité du Christ nous enverra.
Père Leverrier