LA SAINTETÉ ET LA JOIE DE TOUS LES JOURS

Que sert d’allumer une joie de paille à la veille de Noël pour qu’elle tombe en cendres au petit matin froid ?

Que sert de se charger d’une pseudo sainteté de plomb pour peser sur la vie comme un éteignoir de tristesse impérieuse ?

Que sert de se forger un programme de fer à juguler toute injustice au monde si c’est pour ajouter encore les larmes aux larmes et le sang au sang innocent ?

Nous ne connaissons que trop de ces essais décevants de briser le cours ordinaire des jours où l’homme égrène son chapelet de joies et de misères entre sa naissance obscure et l’heure pour lui de s’éteindre en poussière.

Le chemin du Christ est différent : il vient de Dieu et non des hommes.

Dieu n’a pas attendu que nous soyons justes pour nous rendre saints, ni que nous lui fassions bon visage et riant accueil pour nous révéler la joie, ni que nous croyions en lui pour nous adresser la Parole.

Un seul geste est nécessaire, celui de nous tourner ensemble vers cette source pour y boire à long traits. Buvons à la Parole l’eau vive qui nous recrée dans le pardon des péchés, le lait des petits enfants qui fortifie en nous une foi rétive et balbutiante en d’interminables recommencements, et le vin fort du martyre discret dans la fidélité de tous les jours.

Alors, croyant en lui, le Verbe venu dans la chair, et vivant de lui, nous serons la lumière même de Dieu qui fait toutes choses nouvelles, qui accomplit la fin du monde comme une joie juste née, comme une flamme dansant et grandissant au milieu des drames d’ici-bas, secret des pauvres du Seigneur jusqu’au jour où l’on verra qu’elle seule a porté la vie pour l’éternité.

Marc Lambret, curé

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