La royauté du Christ est un thème christologique qui a été abondamment exploité dans la tradition ecclésiale en raison de ses incidences concrètes sur le rôle de l’Église dans le monde.
La réflexion théologique sur ce thème a parfois manqué de gratuité. À plusieurs reprises, elle s’est dégradée en idéologie justificatrice d’une situation contingente de l’Église, le régime de « Chrétienté », que d’aucuns souhaitaient voir perdurer sans tenir assez compte de son caractère transitoire. Au point que, lorsque la chrétienté s’est mise à craquer de toutes parts, nombreux furent ceux qui se référèrent à la royauté du Christ pour en colmater les brèches et tenter d’enrayer le mouvement de l’histoire.
Il est vrai que l’avènement du monde moderne risque de mettre en cause une juste conception de la royauté universelle du Christ en la reléguant au pur domaine du spirituel. Mais l’existence de ce risque ne justifie en rien la permanence du régime de chrétienté qui eut ses défauts lui aussi, celui surtout de donner libre cours au cléricalisme.
Lorsque Pie XI institua en 1925 la fête du Christ-Roi, il entendit réagir tout à la fois contre les excès du laïcisme moderne et contre les excès du cléricalisme d’hier. Mais l’héritage du passé était tel que, dans la conscience d’un certain nombre de chrétiens, l’institution de cette fête apparut comme une arme de plus pour défendre l’ordre ancien et refuser le monde moderne. À l’inverse, d’autres chrétiens, soucieux d’une réconciliation de l’Église et du monde actuel, n’éprouvèrent guère d’attirance pour la dévotion au Christ-Roi…
Aujourd’hui, la situation s’est assainie. La fête du Christ-Roi peut être l’occasion d’approfondir une vérité essentielle de notre foi et de réévaluer la doctrine traditionnelle dans le nouveau contexte des rapports de l’Église et du monde.
Père Li, d’après le « Guide de l’assemblée Chrétienne » Tome VII. Page 370 et 371