Une vieille demeure, pleine de souvenirs, de coins et de recoins, vaste comme la famille élargie qui s’y rattache par son histoire et s’y rassemble aux grands événements de la vie des siens, un monument qu’on a peine, parfois, à conserver en état sans être écrasé par son poids, mais un lieu très précieux que rien ne saurait remplacer pour signifier et raviver notre unité : vous l’avez reconnue, je veux parler de notre chère église Notre-Dame de Clignancourt dont c’est la fête aujourd’hui.
L’homme riche de l’évangile cherchait un héritage, le plus désirable de tous, celui de la vie éternelle. Instruit par la Loi de l’Alliance, rempli de courage et d’ardeur, il s’efforçait de la mettre en pratique, non sans succès. C’est pourquoi le Seigneur l’aima et voulut lui offrir ce à quoi son cœur aspirait. Mais, alourdi par les biens de ce monde qu’il possédait en abondance, il ne comprit pas ce qui lui aurait donné la paix. Ce dont il lui fallait se séparer, c’était lui-même.
La clef de l’énigme n’est autre que cette famille formée par tous ceux qui portent le nom de chrétien : disciples de Jésus, ils ne sont plus qu’un en lui, ils deviennent un unique Fils de son Père qui est aux cieux. Cet héritage sans pareil, donné du vivant de ce donateur éternel, est le trésor dont le Puissant a voulu combler les pauvres, ses bien-aimés. Il n’est pas le prix qu’on obtient de haute lutte : un seul a conquis la liberté de tous, le Christ notre Seigneur qui nous donne de le suivre.
Dès lors, nous pouvons rivaliser de sainte ambition, multiplier les exploits vertueux et les travaux glorieux aussi bien qu’acquérir et produire toutes sortes de biens pour soutenir notre vie en ce temps, nous n’en serons pas atteints par la vanité ou la jalousie, car nous savons que tous ces dons viennent du Père et sont pour la joie et le bonheur de tous ces enfants. Voilà l’esprit de famille qui conjure l’antique malédiction des riches en ouvrant largement leur cœur à leurs frères.
Rassemblés dans cette église qui nous donne sa forme comme le vase à son contenu, laissons-nous conformer à l’Église dont la mère est la Vierge Marie en partageant la nourriture de la vie éternelle : ainsi nous devenons un même corps, nous qui avons part au même pain. Notre mystère est sur l’autel : comme les grains moulus sont devenus une seule pâte moulée et cuite au four, ainsi nous sommes réunis par l’épreuve de la conversion et l’eau du baptême, et sanctifiés dans le feu de l’Esprit, comme un seul Fils dans la maison du Père.
Marc Lambret, curé