UN CORPS FAIT POUR TÉMOIGNER

Dans son Évangile, saint Luc situe en l’unique journée de Pâques une série de faits qu’il répartit en 40 jours dans le livre des Actes : la résurrection de Jésus, les apparitions, l’envoi des apôtres, la promesse de l’Esprit, et l’Ascension.

L’évangile de ce dimanche montre de façon saisissante que les apôtres ont vécu le fait de la résurrection comme un événement réellement arrivé à Jésus, et non comme une simple expérience religieuse. Si la résurrection, à cause de son caractère surnaturel, échappe au strict contrôle humain de notre science historique, on la voit se présenter ici comme un fait qui engendre une solide conviction dans un ensemble d’hommes. Ils constituent pour cet événement un cadre humain aussi objectif que ceux où l’histoire scientifique range les faits du passé : la résurrection apparaît comme un fait vérifié appuyé sur le témoignage des apôtres. On peut se rappeler ici le verset des Actes : « C’est à eux aussi qu’après sa passion il montra de bien des manières qu’il était vivant » (Actes 1,3).

Jésus est vraiment mort et ressuscité : c’est le même Jésus, mais c’est un Jésus transformé. S’il se montre avec de la chair et des os, s’il mange, il n’est pas un ressuscité du genre Lazare, qui doit mourir encore, avec notre nature lourde, limitée. Si son corps glorifié peut reprendre ses propriétés d’autrefois, c’est néanmoins un corps transfiguré, animé par l’Esprit. Jésus vient toutes portes closes, il disparaît de même. Le « comment » relève de la curiosité. Le fait relève de la foi. À quoi bon, pour le Christ, ressusciter dans « l’ancien régime » ? Nous ne serions pas sauvés. C’est parce qu’il est revenu changé, transformé, que nous pourrons être transformés à notre tour. Et Jésus de le leur expliquer, de leur ouvrir l’intelligence aux Écritures, à ce qui est écrit dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes : le plan du Père qui passait inévitablement par les souffrances du Messie pour aboutir à sa résurrection d’entre les morts le troisième jour. Et tout cela pour le pardon des péchés, pour notre libération.

Voilà le nœud, le noyau de notre foi. Voilà le vrai Évangile, la grande et unique Bonne Nouvelle. C’est cela qu’il faut proclamer à toutes les nations. Et c’est à quoi Jésus nous appelle dans cette admirable vision : « C’est vous qui en êtes les témoins. »

Père LI

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