LAISSANT TOUT, ILS LE SUIVIRENT

- « Venez derrière moi, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. »

- Seigneur, là tu y es allé un peu fort, non ? En plus, saint Marc nous dit qu’ils ont tout quitté pour te suivre. Ce n’est pas raisonnable. Ou plutôt, c’est une façon de parler. Je veux dire, c’est bien le genre de l’évangéliste de nous donner d’une manière si radicale les gestes et les réactions des uns et des autres. Mais en réalité, tu ne nous demandes pas cela. Enfin, peut-être pour les apôtres. Après tout, c’est leur choix. C’est comme pour les prêtres et les séminaristes pour lesquels nous avons prié la semaine dernière. C’est complètement fou cette histoire de vocation : renoncer à tout, à une vie tranquille, au petit confort, aux joies du mariage pour marcher derrière toi. Heureusement que tu ne m’en demandes pas tant, parce que moi, je peux te le dire, je ne viendrais pas si facilement.

- Convertissez-vous !

- Oui, bon. D’accord, j’arrive, mais il n’y a pas le feu.

- Les temps sont proches.

- Ça, c’est encore du saint Marc. Il veut toujours tout, tout de suite, dans le genre Jonas : « dans 40 jours, il sera trop tard. » Tu crois que c’est facile de se convertir, toi ? Je n’ai pas une conversion haut débit, tu sais.

Allez, je te propose un marché. Donne-moi juste un an : cette année, je te prends au sérieux et je te suis. Et tant pis, si tu fais de moi un saint. Après tout, tu en serais bien capable. Mais quand ça sera dur, tu m’aideras, n’est-ce pas ?

Bon, allez, je veux bien m’engager à deux ou trois choses :

Je me demande si je ne t’en ai pas déjà trop dit.

J.L.L.

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